- C’est difficile de ne pas raconter de connerie.
- Pas tellement, il suffit de se taire.

– Jean-Marie Straub et Danièle Huillet dans Où gît votre sourire enfoui ? de Pedro Costa.

- Tu as un peu peur, hein ?
- Je n’ai pas peur, je regarde.
- Moi j’ai tout le temps peur.

– Jean-Marie Straub et Danièle Huillet dans Où gît votre sourire enfoui ? de Pedro Costa.

L’âme naît de la forme du corps.

– Jean-Marie Straub

On n’a que le bien du mal qu’on se donne.

François Damiens citant sa femme.

A l’origine fut la vitesse, le pur mouvement furtif, le “vent-foudre”.
Puis le cosmos décéléra, prit consistance et forme, jusqu’aux lenteurs habitables, jusqu’au vivant, jusqu’à vous.
Bienvenue à toi, lent homme lié, poussif tresseur des vitesses.

Alain Damasio, La Horde du Contrevent, 2004.

Le visible ne suffit pas pour comprendre ce qui est vu.

Pascal Quignard.

Je levais les yeux. Contempler le ciel, qui n’est pas vivant, pour tout ce qui est vivant, c’est contempler le seul aïeul.

Pascal Quignard, Les Ombres Errantes.

Une démarche qui a laissé à la métaphysique la question “Pourquois ?” et qui s’est consacré à une question beaucoup plus modeste : “Comment ?”.

– Jean-Claude Ameisen, Sur les Épaules de Darwin.

Le plaisir intense que peut procurer la musique, l’amour de la musique. Le plaisir intense que peut causer l’anticipation d’un passage à venir d’une musique que l’on connait déjà, le plaisir et les frissons du plaisir, de l’attente du plaisir à venir.

Écouter une mélodie c’est dans le même temps, à la fois entendre, avoir entendu et être prêt à entendre.

L’empathie, cette extraordinaire capacité que nous avons de nous mettre à la place de l’autre, de vivre en nous ce que vit l’autre, d’anticiper ce que va vivre l’autre, d’anticiper ses attentions, ses attentes, de les devancer, de nous les approprier, de nous projeter dans son futur, nous fait perdre de vue le présent.

Non seulement notre conscience est toujours en retard par rapport à ce que nous vivons comme instant présent, mais elle est aussi paradoxalement souvent déjà projetée dans ce qu’il va suivre.

Ce que nous appelons le présent, l’instant présent, est en parti un souvenir du passé et en partie une anticipation de l’avenir. Entre déjà plus, et encore à venir. Une oscillation en nous, qui va et vient entre ces deux sources, qui puisent à ces deux sources, le déjà plus et l’encore à venir, fessant émerger un étrange espace temporel, où se part et s’évanoui l’instant présent.

Il ne faut pas dire “Je m’éveille” mais “Il y a éveil” car le “Je” est le résultat de l’éveil.

Nous avons vécu l’expérience mais nous n’avons pas saisi la signification,
Et l’approche de la signification nous restitue l’expérience sous une forme différente, […]
Essayant de délier, de dérouler, de démêler,
Et de réassembler le passé et le futur.

Se caler sur le rythme des autres

Nous sommes nés du ciel, de la poussière des étoiles, mais il y a plus dans nos relation avec le ciel. L’univers vivant a progressivement calé les innombrables battements de ses temps intérieurs sur les rythmes célestes, et il est probable que parmi toutes les variations de périodes qui ont émergé au long de l’évolution dans les horloges internes, la sélection naturelle a sculpté celles qui étaient en résonance avec le rythme de la course apparente du soleil autour de la terre. À mesure qu’émergeaient et se propageaient dans le vivant ces horloges circadiennes internes qui battaient avec une période de 24 heures, se caler sur le rythme des horloges célestes, c’était aussi de plus en plus, se caler sur les rythmes des autres êtres vivants, des autres êtres vivants de la même espèce, et des autres espèces.

Dans la longue course de la Reine Rouge, où il faut dis la Reine Rouge à Alice de l’autre côté du miroir, où il faut courir de toute la vitesse de ses jambes pour simplement demeurer là ou l’on est, dans cette longue course de la co-évolution des innombrables organismes vivants, dont les interactions tissent les réseaux toujours changeants des écosystèmes, se caler sur le rythme des autres, a peut-être, progressivement, constituer une pression de sélection et un avantage adaptatif aussi important, que l’avait été initialement le fait de se caler sur le rythme de la rotation de la terre autour de son axe.