L’empathie, cette extraordinaire capacité que nous avons de nous mettre à la place de l’autre, de vivre en nous ce que vit l’autre, d’anticiper ce que va vivre l’autre, d’anticiper ses attentions, ses attentes, de les devancer, de nous les approprier, de nous projeter dans son futur, nous fait perdre de vue le présent.

– – Jean-Claude Ameisen, Sur les Épaules de Darwin.

Le plaisir intense que peut procurer la musique, l’amour de la musique. Le plaisir intense que peut causer l’anticipation d’un passage à venir d’une musique que l’on connait déjà, le plaisir et les frissons du plaisir, de l’attente du plaisir à venir.

Écouter une mélodie c’est dans le même temps, à la fois entendre, avoir entendu et être prêt à entendre.

– Jean-Claude Ameisen, Sur les Épaules de Darwin.

Il n’est pas responsable de ses pensées. Mais ce sont les siennes, non ? Il a reporté son attention sur l’écran, où tout est intensément ce qu’il est.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Ils étaient aussi normaux qu’on peut l’être en restant normal, disait-elle. Un peu plus normaux et ils auraient pu être dangereux.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

C’est la pire chose qu’on puisse faire dans un couple. Lui dire tout ce que vous éprouvez, lui dire tout ce que vous faites. Voilà pourquoi elle vous croit fou.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Pourquoi est-il si difficile d’être sérieux, et si facile d’être trop sérieux ?

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

[…] quelle étrange impression provoquait ce rapprochement d’une moitié des cieux, toutes ces masses incandescentes qui se multipliaient, d’étoiles en constellations, parce que quelqu’un a éteint une lampe dans une maison dans le désert, et je regrettais qu’il ne soit pas là pour que je puisse l’écouter parle de ça, du lointain et du proche, de ce que nous croyons voir quand nous ne le voyons pas.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Parce que l’heure est désormais à l’introversion. Le père Teillard connaissait une chose, le point oméga. Un bon hors de notre biologie. Posez-vous cette question. Devons-nous rester éternellement humains ? La conscience est à bout de forces. A partir de maintenant, retour à la matière inorganique. C’est ça que nous voulons. Etre des pierres dans un champ.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Nous étions installés là, à boire tranquillement, et j’essayais d’imaginer des perspectives plausibles quant à la fin de la vie humaine sur terre.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Mais n’y a-t-il pas un vrai film que vous préféreriez faire ? Parce que combien de gens vont vouloir passer tout ce temps à regarder quelque chose d’aussi bizarroïde ?

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Le jour finit par se transformer en nuit mais c’est une affaire de lumière et d’obscurité, pas de temps qui passe, de temps mortel. Rien à voir avec la terreur habituelle. Ici, c’est différent, le temps est énorme, voilà ce que je ressens ici, de manière palpable. Un temps qui nous précède et nous survit.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

"Regardez tout ça", dit-il, sans regarder ce paysage et ce ciel qu’il venait d’embrasser d’un large revers du bras.
Nous ne le regardâmes pas non plus.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Ce que vous faisons à chaque battement de paupières. La perception humaine raconte la saga de la fabrique de la réalité.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

Il fallait le silence. Il fallait engager l’individu à une profondeur bien au-delà des suppositions habituelles, des choses qu’il présume et considère comme acquises.

– Don DeLillo, Point Oméga, 2010.

There is another word spinning inside of this one.

– Laurie Anderson, Freefall, Bright Red/Tightrope, 1994.